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Mise à jour :
28 mai 2004
© pierre salducci - 2002

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«J'ai toujours eu le cinéma en tête
au moment d'écrire.»
Dès le début de l'écriture, j'ai voulu que celle-ci se produise quasiment en temps réel par rapport à l'action.
Que l'on suive chaque geste, chaque pensée, chaque attitude, exactement comme dans le découpage et le montage d'un film, séquence après séquence, plan après plan.
À la même époque, je voyageais pas mal et ces excursions dans de nouveaux milieux sont autant de découvertes fascinantes qu'il me
plaisait de retranscrire en y ajoutant ma propre vision, en tirant les événements dans le sens qui me
convenait le mieux, pour en faire exactement ce que je voulais, les exploiter comme de la matière première, dont on peut disposer à sa guise et dans son propre intérêt.
-
Mes nouvelles de voyage, qui constitueront l'ensemble des textes qui
composent Souvenirs inventés, datent toutes de cette époque et fonctionnaient principalement de cette façon.
Dès mes 18 ans, j'étais allé plusieurs fois en Italie, j'étais un explorateur infatigable de Paris, j'avais fait le tour d'Europe en train en un mois l'été de mes 25 ans, m'offrant du même coup le Maroc, Mykonos et Sitges, j'avais vu le Portugal avec Jean-Marc, et je courais tous les festivals en passant par Bruxelles, Aix-en-Provence
et Avignon.
(Illustration
pour «Aveuglément confiant», journal L'Impartial)
-
La plupart de
ces voyages ont donné naissance à un texte, de façon plus ou moins
transposée, et si j'apparais dans l'histoire c'est bien plus comme une sorte de
narrateur neutre que comme moteur de l'action.
Et puis, petit à petit, cela glisse.
En 1989, une fracture se produit dans ma vie.
Je quitte Paris pour aller vivre à Montréal. Du jour au lendemain, je suis
«déseuropéanisé» - c'est-à-dire soustrait à l'environnement européen qui avait toujours constitué l'ensemble de mes repères et de mes
voyages, et je commence
une vie complètement différente au Québec.
-
En abandonnant cet environnement européen, je perds d'un coup ce qui avait constitué l'essentiel de mon inspiration depuis des années. Mais à peine
cette source d'inspiration disparaît-elle, qu'une autre se présente
pour la remplacer.

Illustration
pour «Sous les yeux des enfants»
par Marie-Pascale Saijo - Inédit.
À travers de telles histoires, de plus en plus ce sont mes émotions et non plus celles des autres que j'essaie de transposer.
Petit à petit, mon attention glisse vers moi-même et c'est de moi que je parle mais sans
en avoir trop conscience et surtout sans me demander s'il y a matière à s'interroger sur cela. J'agis avec une certaine innocence, mais sans être totalement dupe quand même.
-
Ce mouvement m'amène à revenir vers mon enfance
et mes années de formation.
Au moment de boucler Souvenirs inventés, le texte «Question
piège»
a ouvert une brèche dans ma mémoire. Les souvenirs s'engouffrent et me ramènent tous dans la même direction avec les mêmes personnages
dans les mêmes années.
«Question piège» est suivi de deux ou trois autres textes qui naissent vite, spontanément,
nets et précis. Je crois encore écrire de la nouvelle et je songe à les intégrer toutes au recueil, mais je me rends compte
juste à temps que je suis déjà dans un roman.
J'ai
gardé
«Question piège» dans le recueil,
les autres textes sont devenus Retour sur les années d'éclipse.
Dans mes textes, la question gaie est là très tôt.
«Aveuglément
confiant», «À Christian
Raux», «Tu ne t'appartiens
plus», «Mon cher
Christian», «Maintenant que je
sais», «Alain qui part» évoquent toutes la question du sida et ma séropositivité, même si je ne me mets jamais en scène directement.
Ci-dessus : Pierre
Salducci en compagnie
des auteurs gais Alain
Bernard Marchand, Paul-François Sylvestre et Pierre Manseau.
Malgré mes trois romans, je n'ai jamais cessé d'écrire de la nouvelle et du texte court. Pour moi, l'écriture, c'est du court avant tout, et du montage après.
Tous mes romans ont été écrits
avec des structures de nouvelles dans la tête.
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