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Mise à jour :
10 février 2005

© pierre salducci - 2002

 

L a   p e t i t e   h i s t o i r e

d e   J o u r n a l   d e    l ' i n f i d è l e

 

À l'origine, Journal de l'infidèle est un véritable journal. Ce que je dis dans la préface sur le cahier perdu et retrouvé des années plus tard est globalement vrai. Ce cahier a existé, offert part Tadeusz, qui a existé lui aussi.

J'ai écrit ce journal en 1985, alors que j'étais bel et bien professeur de français à Saint-Denis dans la région parisienne. J'habitais Pantin ; les trajets en métro et en autobus sont ceux que j'accomplissais alors. Il va de soi que Jean et moi étions vraiment sur la fin d'une relation, tel que raconté, et c'est à cette époque que j'ai rencontré Kamel et Christophe, comme je le dis également.

  • Ainsi, de tous mes romans, Journal de l'infidèle est certainement celui qui colle le plus à ma vie réelle.

Journal de l'infidèle est aussi certainement celui de mes romans qui a connu le plus grand nombre de versions. Dès 1985, je fais une saisie informatique du texte pour en offrir une copie à Jean. C'est lui d'ailleurs qui conserve le manuscrit d'origine de ce texte, celui écrit à l'encre violette. Dès cette première retranscription, je procède à de multiples changements. Je coupe certains passages ; j'en ralonge d'autres avec certains détails. Je supprime ce qui me semble inintéressant, tandis que de nouveaux souvenirs me reviennent à l'esprit. Enfin, je fais disparaître les traces du premier jet.

Le texte est ensuite oublié plusieurs années.

La date de publication d'un livre n'a souvent rien à voir avec l'ordre dans lequel il a été écrit. J'avais fini Retour sur les années d'éclipse bien avant d'écrire mon livre sur Gaston L'Heureux, même si les deux livres sont sortis en fait la même année (1996). Par la suite, le fait d'avoir publié une première biographie me donne envie de continuer dans ce genre et je m'intéresse à Yves Navarre dans Un Condamné à vivre s'est échappé (écrit en 1997, publié en 1998). Comme il est composé en grande partie de retranscriptions, ce livre s'écrit vite. Par ailleurs, la vie et l'oeuvre d'Yves Navarre me forcent à observer de plus près la situation de la littérature gaie et à réfléchir la relation entre écriture et homosexualité.

 

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Dès le livre sur Yves Navarre terminé, je me lance dans la rédaction d'une série d'articles sur la littérature gaie que je prévois publier un jour en recueil sous le titre La dernière Bastille. Parallèlement, pour ne pas quitter tout à fait la fiction, j'écris quelques récits et nouvelles dont « Alain qui part » et « De tant de luttes engagées ». Mais je pense peu au roman, et quand j'y songe, la première chose qui m'arrête, je suis forcé d'en convenir, c'est que je ne n'ai pas de sujet. En d'autres mots, je voudrais bien faire un roman, mais je ne sais pas sur quoi écrire.

Je ne considère pas avoir beaucoup d'imagination, je préfère observer ce qui se passe réellement et le retranscrire après plutôt que d'inventer. C'est pourquoi j'ai besoin d'un point de départ fort pour écrire un roman. Or, à cette époque, je n'avais rien. C'est alors, au cours d'une visite à Paris chez Jean, que je tombe par hasard  sur le manuscrit du Journal de l'infidèle. Je le rédécouvre avec stupeur et je saisis immédiatement tout le potentiel romanesque qui vient de me tomber du ciel. Je reste stupéfait en constatant à quel point cette version de 1985 est déjà avancée. Bien sûr, il faut procéder à de nombreux changements et améliorations, mais quand je pense que le premier jet date de 1985, alors que je n'ai 24 ans et que je n'ai encore jamais publié de livre,

je ne peux m'empêcher d'être admiratif !

 

Je décide illico de reprendre Journal de l'infidèle et de le mettre en fiction dans une perspective de publication. C'est alors qu'à l'été 1997, ma relation avec Claude prend fin brutalement et je me retrouve tout seul dans un 3 et demi du Centre-Sud, rue Cartier, à Montréal. Je broie du noir et c'est là que je rédige la première préface pour le Journal de l'infidèle. C'est un texte très sombre que j'ai décidé de changer complètement par la suite.

 

I  N  É  D  I  T  !

 

Lisez la première préface de "Journal de l'infidèle" en exclusivité sur ce site !

Oui, je veux lire la pemière préface en exclusivité.

 

En 1998, je continue la mise en fiction de Journal de l'infidèle et j'enrichis l'histoire d'anecdotes ou de réflexions directement issues de ma récente rupture avec Claude. Par ailleurs, le fait d'avoir un recul de 13 ans et d'avoir une plus grande expérience de l'écriture me pousse à mieux développer l'intrigue et à présenter mes personnes plus en profondeur. C'est là notamment que le narrateur devient officiellement Pierre Fortin et que Journal de l'infidèle s'inscrit définitivement dans le prolongement de Retour sur les années d'éclipse, ce qu'il n'était évidemment pas auparavant.

 

Par ailleurs, je n'avais pas vraiment de fin pour le personnage de Christophe. Pour Kamel, tout était clair dès le début, il avait suffi de suivre l'histoire réelle, mais pour Christophe, c'était plus compliqué. Il a disparu, en effet, mais disparu de ma vie, pas de son appartement ! Si ce n'est qu'il est vrai qu'un jour une femme a appelé chez moi en le demandant. À cette époque, ça faisait un bon moment déjà que je n'avais plus de nouvelles de lui. Je me suis demandé ce qui avait bien pu lui arriver, mais je ne l'ai jamais su.

 

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Une fois finie la nouvelle version de Journal de l'infidèle,
j'ai voulu profiter de la récente parution de mon livre sur Yves Navarre pour soumettre mon manuscrit chez les éditeurs. Il est toujours bon qu'un titre récent vous ait rappelé aux oreilles de ceux qui vont vous lire. C'est ainsi que j'ai envoyé le manuscrit chez Leméac et Pierre Fillion  s'est empressé de me répondre que « au bout de 30 pages, il avait fait le tour de l'intérêt romanesque de toute mon entreprise ». Toujours aussi sympathique, ce Pierre Fillion !

 

Je suis persuadé que le grand public est loin de se douter de la façon dont les éditeurs traitent les auteurs, notamment dans les lettres de refus. Leurs propos sont parfois des plus blessants.  Le milieu littéraire est loin d'être un gentil monde d'artistes et de bohèmes qui partagent de grands idéaux humanitaires en se respectant les uns les autres. Pour la petite histoire, voici d' autres exemples de commentaires insultants de la part des éditeurs.

  • Quand André Martin avait proposé Chroniques de l'Express chez les Herbes rouges, on lui avait répondu que c'était « des potins » ! 

  • Quant à Pascal Delorme, avant d'être publié dans ma collection chez Stanké, il avait soumis son Afin que personne ne puisse nous faire de mal chez XYZ éditeur, et André Vanasse lui a répondu que son texte «vire plus souvent qu'autrement à la recette répétitive....»

 

Comme je venais de travailler avec les éditions Vents d'Ouest pour Un condamné à vivre s'est échappé et que j'avais aimé mon rapport avec l'équipe et le professionalisme de cette petite maison de l'Outaouais, je leur avais également envoyé mon manuscrit. La réponse est arrivée très vite, par la voix de Monique Gagnon-Campeau, et c'était oui, ce qui m'avait beaucoup rassuré.

Cela dit, à la même époque, je suis déjà en négociations avec Stanké et nous commençons à élaborer les grandes lignes de ce que sera ma collection. L'idée me traverse que Journal de l'infidèle serait peut-être plus à sa place chez Stanké, puisque c'est la suite de mon premier roman paru chez eux. Du coup, je ne réponds pas tout de suite à Vents d'Ouest et j'en profite pour montrer le manuscrit de Journal de l'infidèle à Patrick Leimgruber. Je ne lui parle pas de Vents d'Ouest. Finalement, Patrick Leimgruber n'est pas emballé et décide de ne pas le prendre. Ça ne me contrarie pas trop puisque j'ai déjà une proposition ferme chez Vents d'Ouest.

 

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À partir de là, commence une intense période de corrections avec Monique Gagnon-Campeau, directrice littéraire de la collection Azimuts. Monique Gagnon-Campeau travaille sur mon livre à titre de bénévole et les délais de correction sont plus longs que prévus. Le livre ets reporté plusieurs fois. En janvier 1999, quand je pars m'installer à Rouen avec Samuel, la version définitive du manuscrit n'est toujours pas établie. Il faut continuer les corrections à distance ce qui complique un peu les choses. Certaines parties du roman se perdent dans la poste.  Avec le temps perdu dans les envois, les délais ne cessent de s'allonger. Monique Gagnon-Campeau me fait beaucoup reprendre le style et déplace plusieurs parties du roman. Je lui dois beaucoup et je ne dirais jamais assez à quel point ses conseils et interventions m'ont permis de mener ce roman à son stade définitif. 

Ce ne fut pas sans heurts parfois.

Plus tard en 99, je suis hospitalisé plusieurs jours à Rouen et Monique m'appelait encore dans ma chambre d'hopital pour de nouvelles corrections ! Je me souviens qu'à certains moments, j'en ai eu plus qu'assez - reprochant à Monique de trop intervenir dans mon texte et d'être responsable de délais interminables. Bref, il était temps qu'on en finisse.

Journal de l'infidèle est paru en avril 2000. Le lancement a eu lieu à Montréal, dans la défunte et regrettée librairie L'Androgyne, le 25 avril 2000, soit 15 ans après la première version du texte. La photo sur la couverture est une oeuvre de l'artiste et photographe gay montréalais Robert Laliberté. Il paraît que certains libraires de l'Outaouais ont refusé le livre à cause de sa couverture.

  • De tous mes livres, Journal de l'infidèle est celui qui a connu le plus gros succès de librairie.

  • Deux ans plus tard, à l'été 2002, les éditions Vents d'Ouest procédaient à une réimpression du roman.

  • Deux ans plus tard, à l'été 2004, il faut réimprimer de nouveau...

  • Journal de l'infidèle a été étudié par Jean-François Quirion dans son mémoire de maîtrise «Représentation de l'identité gaie dans les romans québécois» ( Université de Sherbrooke, Québec, avril 2002 ).

 

Les archives complètes du roman et les différentes étapes de production
du manuscrit ont été déposées aux Archives gaies du Québec.

 

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