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Mise à jour :
09 février 2005

© pierre salducci - 2002

 

La petite histoire de 
Gaston L'Heureux, malgré lui

 

«J'ai connu Gaston L'Heureux par l'entremise de l'émission Millefeuilles, en 1992-93, au cours des deux interventions que j'ai faites pour lui, dont une a été filmée chez moi, rue Rivard. Puis, l'émission a disparu et je n'ai plus reçu de nouvelles de lui.»

Plusieurs mois plus tard, le téléphone a sonné un jour à la maison et la voix m'a dit : «Salut, c'est Gaston L'Heureux!»
  • Ce qui est bien avec Gaston, c'est qu'il parle franchement, avec pudeur mais sans se dissimuler, ou le minimum seulement, et qu'on sait de suite exactement où il en est, même sur le plan des émotions et de la finance. Il est honnête. C'est quelqu'un qui a toujours été gentil et agréable avec moi.

Il m'a dit qu'il avait essayé de faire le livre tout seul mais que ça ne marchait pas, qu'il se rendait compte qu'il préférerait le faire sous la forme d'un entretien avec quelqu'un qui serait chargé de donner au livre sa forme écrite. Il me dit que pour ce «quelqu'un», il avait pensé à moi. 

Portrait de Gaston L'heureux et Pierre Salducci
Cette photo avec Gaston a été prise pour la promotion du livre par le jeune photographe montréalais Bernard Prévost.
Je me souviens de la séance de pose
 dans l'atelier de Bernard et de Gaston qui avait dû changer de chemise plusieurs fois. Bernard était un garçon sympathique, talentueux et prometteur. C'est également lui qui a fait le portrait de Gaston pour la couverture du livre.
C'était de belles photos. Cependant, Bernard avait été particulièrement déçu quand il avait découvert le résultat sur le livre. Il trouvait le tirage trop sombre et déplorait que l'impression ne mette pas plus en valeur la qualité de son travail. 
Bernard Prévost nous a quittés volontairement à peu près un an après cette séance de pose.
Ceux qui l'ont connu gardent tous un excellent souvenir  de lui.

 

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Je dis souvent que tous mes rêves se sont réalisés au Québec.

  • Je voulais travailler dans l'édition, je l'ai fait !

  • Je voulais écrire des livres, je l'ai fait !

  •  Je voulais faire de la critique littéraire, j'en ai fait !

  •  Je voulais faire de la télé, j'en ai fait !

  •  Je voulais faire de la radio, j'en ai fait !


En tant qu'auteur et rédacteur, à cette époque déjà, j'avais pratiqué divers types d'écriture (nouvelles, essai, journalisme, radio, critique littéraire) et publié plusieurs volumes. Mais dans ce domaine, j'avais encore un rêve. Je rêvais de publier une biographie. De m'intéresser à une personne réelle et de raconter sa vie. 

  • Et voici que Gaston m'arrive exactement
    avec la possibilité
    de concrétiser mon rêve !

  • Par ailleurs, le timing était excellent... 
    En ce temps-là, je n'avais pas grand-chose à faire.

Gaston
L'Heureux.

 

Mon contrat avec le Parti Québécois s'était terminé brusquement avec l'arrivée
de Monique Simard à la tête de la permanence nationale du parti (mais non pas à cause d'elle, elle était charmante!), tout comme s'étaient terminés pour diverses raisons mes contrats avec Le Devoir, Radio-Canada, et plusieurs maisons d'édition.

  • J'étais donc libre, et c'est avec enthousiasme que j'ai accepté la proposition de Gaston, d'autant plus qu'il m'apprit que le projet serait encadré par la maison d'édition Stanké qui devait publier le livre.

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Nous sommes partis dans les Laurentides,

 au bord d'un lac, pour enregistrer nos entretiens.

Un ami de Gaston, qui dirigeait Télé-Québec et qui devait malheureusement disparaître peu de temps après d'une crise cardiaque sur un court de tennis, lui avait prêté son chalet.

C'était tellement étrange de se retrouver tous les deux dans cette maison immense et magnifique. On aurait dit que les lieux venaient juste d'être désertés. Tout était encore en place, saisi dans une sorte de mouvement interrompu, et chaque meuble, chaque objet, chaque photo, semblait déplorer le départ de ses occupants légitimes, attendant impatiemment leur retour.

  • «Je me souviens encore de cette impression dérangeante d'avoir brusquement accès à l'intimité d'une famille sans savoir réellement si j'y étais autorisé et jusqu'à quel point je pouvais me permettre de m'intéresser au décor qui m'entourait. Je me souviens aussi du spectacle de bonheur, de confort et de paix que donnait l'ensemble.»

Gaston pensait que nous en aurions pour deux ou trois jours et nous nous étions organisés pour un vrai petit séjour, mais toutes mes questions étaient prêtes et finalement nous avons terminé en une seule journée.

Gaston L'Heureux et Josée Lavigueur

  • Gaston savait exactement ce qu'il voulait dire, il avait réfléchi à son propos et son débit était sûr et régulier. Il fit le tour scrupuleusement de tous les points qu'il voulait évoquer en prenant le soin de bien mettre les circonstances en relief et d'expliquer son point de vue.

C'est ainsi que nous sommes repartis en fin d'après-midi,  un peu surpris, mais peut-être aussi soulagés.  Nous avons soupé dans un restaurant français de la région, puis nous sommes rentrés à Montréal.

  • Peu de temps après, je profitais de l'invitation de Simon à séjourner en Floride pour aller retranscrire les entretiens de Gaston au soleil de Fort Lauderdale.

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C'était vraiment des conditions idéales.

Bord de mer à Fort-LauderdaleJe travaillais sur la terrasse avec  sous les yeux en permanence le spectacle de ces canaux magnifiques et des bateaux qui les sillonnaient. Et cette eau verte partout, toutes ces lumières une fois la nuit venue. Je ne suis pas près de l'oublier.

  • Avant Gaston L'Heureux, malgré lui, tous mes manuscrits avaient été acceptés presque sur-le-champ et publié quasiment sans changements. Gaston L'Heureux, malgré lui a été le premier de mes livres pour lequel j'ai écrit plusieurs versions.

C'était une découverte pour moi. Je me souviens d'avoir établi au moins  sept versions du manuscrit. C'est beaucoup ! Mais le livre était une commande et je trouvais normal de le retravailler jusqu'à ce qu'il satisfasse aux attentes de chacun.

 

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Ce qui compliquait les choses, c'est que Gaston

et Louise n'avaient pas le même livre en tête.

Louise le voyait comme un livre vivant, dynamique, parsemées d'anecdotes drôles et tendres comme Gaston aimait en raconter à la télé. Elle savait que pour accrocher le lecteur et livrer la marchandise, il fallait nourrir le récit en petits événements intrigants et plaisants à lire. Elle incitait donc Gaston à en raconter le plus possible.

Chaque fois que je lui ramenais une version, elle revenait sur ce point et disait à Gaston avec un sourire :

  • « Avec tout ce que tu as vécu d'insolite au cours de tes expériences, je suis sûre que tu pourrais rajouter encore d'autres anecdotes. »

Et je comprenais parfaitement ce qu'elle voulait dire. 
Mais Gaston avait également sa vision du livre.

  • Il avait été clair dès le début en précisant qu'il voulait parler de l'évolution
    de la télé au Québec, de son avenir, de la place de l'animateur, du rapport
    avec le public, et de l'arrivée des nouvelles technologies.

Gaston L'Heureux et Josée LavigueurEn s'appuyant sur ses expériences et son parcours, il voulait aussi montrer comment fonctionnait l'univers de la télé au Québec. C'est pourquoi le livre est sous-titré «30 ans de télévision au Québec», parce que nous avions la chance d'avoir sous la main quelqu'un qui avait ce recul de 30 ans pour commenter toute l'évolution de la télé au Québec, et c'était précieux.

Gaston L'Heureux dans les studios de
la station de radio CJRC, dans l'Outaouais.

 

  • Gaston n'était pas contre les anecdotes, dans la mesure où elles s'intégraient au discours qu'il voulait tenir, mais ce n'était pas son souci principal.

Chaque fois que Louise lui en demandait plus, nous repartions pour une séance de questions et chaque fois Gaston se creusait la tête pour trouver de nouvelles péripéties à raconter.

 

 

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