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Mise à jour :
30 avril 2004
© pierre salducci - 2002

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La littérature, telle
qu'on la vit aujourd'hui, est un
fantasme hérité du 19e siècle.
-
Que
ce soit en français ou en anglais, le 19e siècle a été celui de l’industrialisation du livre.
À cette époque, le
livre se multiplie et envahit l’espace culturel sans connaître la
moindre concurrence, à part celle de l’opéra peut-être, qui
triomphe dans tous les théâtres. Mais il n’y a pas de cinéma,
pas d’Internet, pas de télé ni de vidéo !
-
C’est le temps des
premiers salons littéraires, des clans, des prix, des grandes fortunes aussi. Presque tous les auteurs du moment roulent sur
l’or. Plusieurs proviennent de l’aristocratie. Ils écrivent
pour s’amuser, pour briller en société, et ils considèrent même
la notion de droits d’auteur comme négligeable, ce qui explique
qu’aujourd’hui encore les écrivains ont tant de mal à vivre de
leur plume et à défendre leurs droits.
Par
ailleurs, la littérature est internationale et tous les grands se côtoient.
Les romans de Zola (c’était le cas pour Au
Bonheur des dames) étaient tirés d’emblée à 175 000 exemplaires !
Eh ! Pensez-y !
175 000 ! Et pourtant tout le monde ne sait pas
lire ou n’en a pas encore le loisir à cette époque. Pensez
qu’aujourd’hui on tire la majorité des romans autour de 1000
exemplaires, et même moins bien souvent.
Tout le 20e siècle a vécu
dans le fantasme de ce
qu'a
représenté la littérature au siècle précédent.
Au
siècle précédent, la littérature signifiait dans la plupart des
cas (et surtout dans l’imaginaire collectif) succès, richesse, art et distinction.
On associait la littérature à la bourgeoisie,
au point qu’elle devint un enjeu social pour les classes plus
modestes. Balzac est là pour nous le rappeler en permanence. On rêvait
d’écrire comme on rêvait d’Amérique ou d’atteindre une
position sociale. Le rêve finit par devenir plus fort que la réalité.
En 2002 toujours, bon nombre de jeunes auteurs veulent écrire parce
qu’ils pensent s’élever en publiant, atteindre un rang, un
certain prestige. Ils tombent d’autant plus haut quand le rêve se
concrétise et qu’ils découvrent la réalité.
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Bien
sûr, la littérature ne s’est pas retrouvée entourée
d’une telle aura du jour au lendemain.
Il
faut du temps avant que le succès devienne si apparent, qu’il soit le
lot d’une véritable caste et que le prestige de cette caste grandisse
au point de marquer les esprits. Il faut encore plus de temps avant que
les auteurs les plus renommés entrent dans les écoles et dans les
manuels, et qu’ils influencent les générations suivantes dans leur
propres ambitions et visions du monde. Un siècle entier n’est pas de
trop. Mais une fois que cette image s’est installée, en revanche, il
faut aussi beaucoup de temps pour la réajuster.
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Depuis
le milieu du 20e siècle à peu près, mais surtout après
les années 70, les choses ont commencé à changer. Très
rapidement, la réalité du milieu de l’édition s’est mise à
devenir tout autre. Les lecteurs se sont raréfiés, subissant
l’attrait grandissant de l’image et de la culture passive,
tandis que les éditeurs [ soucieux d’équilibrer leurs comptes ] ont de plus en plus recherché le profit
aux dépens d’une
certaine idée de la grande littérature.
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Malgré
ces changements importants et concrets, les gens n’ont pas tout de suite
le recul nécessaire pour s’en apercevoir.
L’esprit du plus
grand nombre reste hanté par une image dont on hérite malgré soi et
qu’on ne songe pas forcément à remettre en cause, d’autant plus
qu’elle est très enracinée. Dès lors, pourquoi vouloir modifier une
vision que presque tout le monde partage ?
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Et
c’est ainsi que la deuxième moitié du 20e siècle a
poursuivi sur son élan, abordant généralement la question littéraire
en se référant à un monde ancien, qui n’existait plus depuis
plusieurs décennies déjà, si ce n’est dans les rêves, les
souvenirs et les aspirations des uns et des autres.
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Ce faisant, alors que tous les arts tout autour s'ouvraient aux révolutions technologiques, la littérature du
20e siècle à de rares exceptions près (et quand je dis littérature j'intègre tout le système de production et de diffusion du livre) a voulu s'inscrire dans la logique d'une tradition. Le milieu du livre et de l'écriture est resté tourné vers le passé sans aborder le moindre virage vers la
modernité (si ce n'est sur le plan des techniques évidemment) .
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«La littérature, un fantasme hérité du 19e
siècle.»
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De vivre à l'heure d'Internet notamment. En ce sens, le
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d'autofiction Pierre Salducci
constitue ma nouveauté dans le domaine
de la création littéraire de fiction et de non-fiction pour 2002.
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