Bonjour !

 Bienvenue sur
 salducci.com

 Et merci
  de votre visite

Accueil

 Présentation
 du site

 Suite de la Une

 Astuces du site

 L'autofiction

 Qui suis-je ?

 Entrevues

 Mon CV

 Union des
 écrivains gais

logoUDEG.jpg (3085 octets)

Livres

 Romans

 Retour sur 
  les années d'éclipse


Couverture de "Retour sur les années d'éclipse"

 Journal
 de l' infidèle


Couverture de "Retour sur les années d'éclipse"

 Nous tous
 déjà morts


Couverture de "Retour sur les années d'éclipse"

 Nouvelles et récits

 Souvenirs
 inventés


Couverture de "Retour sur les années d'éclipse"

 Ma vie me prend
 tout mon temps


CouvMavie.jpg (27063 bytes)

 Toutes les
 nouvelles

 Essais et
 Documents

 R. Charbonneau

 Gaston L'Heureux

 Yves Navarre

 Écrire gai

cover_ecrire.jpg (6499 bytes)

 Scènes de
 la vie gaie

Services

 Vous écrivez ou
 voulez écrire ?

 Rédaction
 Révision

 Récit de vie /
 biographe

 Conseil
 en édition

 Direction littéraire
 / supervision de
 manuscrits

Ateliers d'écriture

 Témoignages
 de satisfaction

Outside

 Journaliste

 Chroniqueur
  littéraire

 Inédits

Contact

 Adresse e-mail

 Je m'abonne
 à la lettre d'info

Forum

 Liens

 Statistiques

logo_dldh.gif (16571 bytes)

Faites découvrir ce site à vos amis !

 

Mise à jour :
30 avril 2004

© pierre salducci - 2002

 

La narration
à la première personne


une étude de Jean-François Quirion

En ce qui concerne la narration, on observe une prédominance de la première personne dans la quasi-totalité des romans gais québécois ou étrangers.

Évidemment, cette stratégie n’est pas spécifique à la littérature gaie, mais elle s’avère efficace pour rendre compte d’une subjectivité gaie. Cette subjectivité, soulignée par l’usage du je permet une affirmation de l’identité homosexuelle, et fait certainement écho au vécu des gais.

En effet, tous ont effectué une incontournable mise en récit de leur expérience personnelle lors du coming out, en affirmant « je suis gai », marquant dès lors l’acceptation de leur orientation sexuelle comme composante importante de leur identité.

De plus, cette affirmation individuelle prend forcément une dimension collective puisqu’elle constitue un passage obligé pour tous les gais et lesbiennes qui entendent vivre leur homosexualité sans la cacher :

« La littérature homosexuelle dit JE.  Ce faisant, elle se donne pour sujet le sens même de la vie : devenir soi. [...] Dans la littérature gaie surtout, le je qui parle, ou le héros [...] dit clairement qu’il est gai.  Cette déclaration ouverte porte un nom : le coming out. »

                                                                                       TIN, Georges-Louis. Op. cit., p. 248.

De ce fait, le je d’un personnage gai, bien que prise de parole singulière, sous-entend un « nous », la collectivité gaie. La littérature gaie, qui  porte le projet intrinsèque de l’affirmation, ne saurait donc adopter le il. En effet, bien qu’il puisse aussi permettre une identification efficace, le il reste ici davantage perçu comme plus anonyme, plus susceptible d’éloignement. Ainsi, la narration à la première personne serait

« bien un critère de la littérature gaie qui a vu le grand retour du  je, d’une parole singulière qui longtemps avait été tronquée.  Ce je est avant tout un nous pour parler d’un sentiment et d’un vécu collectif. »

SALDUCCI, Pierre. Tel que cité dans Denis-Daniel BOULLÉ. «  Entrevue : Nous tous déjà morts de Pierre Salducci », Fugues, 17e année,  no 9, décembre 2000, p. 72-74.

En revanche, la notion de « je collectif » ne concerne pas les oeuvres de la clandestinité, où le je demeure singulier. Les protagonistes de la clandestinité sont des parias, des voix isolées qui n’ont pas encore le sentiment d’appartenir à une collectivité, et ils cherchent à se faire accepter, plutôt que de revendiquer leurs différences.

Le je de la clandestinité n’affirme aucunement une conscience sociale et politique de l’identité gaie.  Pour qu’il existe un je collectif, il faut attendre la naissance de la communauté gaie, le sentiment d’une appartenance collective à une histoire et à une culture. Bref, c’est un  je qui affirme le droit à la différence et à la visibilité de la communauté.

 

Cette prise de position pour une narration au je se voit clairement énoncée dans Journal de l'infidèle (2000) de Pierre Salducci, où le protagoniste, Pierre Fortin, tient une longue et vive réflexion sur la nécessité d’écrire je et, plus encore, sur la force du je qui surgit comme une entité extérieure, s’imposant à lui malgré ses réticences pudiques d’écrivant. 

Ainsi une bataille se livre entre le désir d’écrire je et une  volonté de demeurer neutre, impersonnel, anonyme (dans le placard).  Le je commence par séduire, par créer une euphorie, jusqu’à ce qu’un sentiment d’insécurité vienne l’interrompre. Les je ripostent alors violemment par un métaphorique combat physique :

« La bataille commence et j’en suis à la fois le lieu, la victime et l’enjeu.  C’est la lutte de l’ancien et du nouveau.  Des demi-aveux contre les mots crus.  Du moi contre les autres. »

       SALDUCCI, Pierre. Journal de l’Infidèle, Hull, Vents d’Ouest, 2000, p. 38.

Ce combat se poursuit par une intoxication de je, le je devient une drogue puissante et l’emporte sur les anciennes pensées.  Le je s’impose et annihile toute peur de son acceptation.  Le je sera désormais la voix qui s’impose, et le nier pour se dissimuler derrière un on ou un il anonyme serait perçu comme une régression, une défaite.

En réalité, ce n’est pas contre le je que le protagoniste lutte dans ses écrits, puisqu’il est lui-même ces je qui l’assaillent ; il lutte contre la peur de l’affirmation sans retour qu’impliquent les je.  Pour Pierre Fortin, écrire je constitue la transgression d’un interdit contre la bienséance, mais à l’inverse :

« Ne pas dire je, c’est contrer l’expression de son identité et, indirectement, se retirer le droit à la pensée et à la parole. »

        SALDUCCI, Pierre. Journal de l’Infidèle, Hull, Vents d’Ouest, 2000, p. 37.

Bref, si on ne saurait faire correspondre la littérature homosexuelle à une grille taxinomique, on peut tout de même relever une constante formelle qui est la narration à la première personne.

On l’aura compris, donc, il ne s’agit pas ici de marquer le premier critère formel d’une éventuelle liste, mais plutôt de souligner une stratégie narrative qui rejoint l’ensemble des œuvres littéraires gaies.

© Tous droits réservés : Jean-François Quirion - 2002.
 
En lire plus sur Journal de l'infidèle
La première préface La petite histoire du livre ] Un roman de l'affirmation
 
[ Haut de la page ] [ Retour à Textes inédits ]