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Mise à jour :
25 juillet 2005

© pierre salducci - 2002

 

La petite histoire de
Ma vie me prend tout mon temps

 

Depuis plusieurs  années déjà, l'idée de publier un nouveau recueil de nouvelles me trottait dans la tête.

Mes premiers textes étaient d'abord des nouvelles. Et puis, je subissais toujours cette pression des gens qui me disaient : « Ça vend pas les nouvelles, c'est démodé, c'est pas ça qu'il faut écrire. Fais donc un roman ! »

Combien de fois l'ai-je entendue, celle-là ? De la part de vraiment tout le monde. Alors, voilà, j'ai abandonné la nouvelle et je suis venu au roman. J'en ai écrit trois à la suite. Et maintenant, après tout ce temps, c'est comme s'il m'avait fallu revenir aux origines.

Je n'ai jamais arrêté d'écrire des nouvelles, de parler de Sylvie, de Germain, de Christian Raux, de mon frère, des marins de Bélem et de Daniel Boudinet. Il fallait toujours me libérer de ces histoires. Entre chaque roman, et parfois même à l'intérieur d'un roman, je m'autorisais une pause,  je partais sur un personnage, une époque. Une nouvelle naissait.

 

Au fil des ans, les textes se sont accumulés. Quelques-uns ont été publiés à droite et à gauche mais les plus longs d'entre eux restaient inédits. Il fallait penser au recueil.

Quand Colette Michaud, des éditions Vents d'Ouest, m'a annoncé au cours de l'été 2002 la réimpression de Journal de l'infidèle, elle me glissa un commentaire dans un courrier sur le succès du livre, faisant également allusion aux fait que «c'est donc dire que votre roman plaît beaucoup et que, peut-être, les lecteurs souhaiteraient vous lire de nouveau. Dans les circonstances, je ne peux que vous encourager à reprendre la plume ».

Je me suis dit que ça tombait bien. J'ai répondu que justement je songeais à un recueil de nouvelles, mais il me fallut encore plusieurs mois avant d'envoyer le manuscrit chez Vents d'Ouest. Nous avons encore eu l'occasion d'en reparler avec Colette Michaud. Je lui disais que ça venait et elle disait que c'était d'accord.

Pendant ce temps, je reprenais l'ensemble des textes. je cherchais la direction que j'allais donner au recueil. 

C'est quand j'ai décidé d'ajouter le texte sur Lou Goaco [ photo ci-contre ] et de le mettre en ouverture que le recueil a pris tout son sens.

À cette époque, j'hésitais encore entre deux titres possibles, tous deux extraits des textes, soit : Je suis ma seule aventure ou Ma vie me prend tout mon temps. J'ai fait un sondage autour de moi pour savoir ce que les gens en pensaient. J'ai particulièrement tenu compte de l'avis de mes amis Charbonneau qui ont voté à deux sur trois pour Ma vie me prend tout mon temps. J'aimais beaucoup ce titre, moi aussi, et comme j'avais peur que l'autre sonne un peu négatif, c'est celui-là que j'ai décidé de garder finalement.

En adoptant Ma vie me prend tout mon temps comme titre du livre, j'étais obligé de rebaptiser la nouvelle qui portait ce titre. Je l'ai appelée "Préambule" puisqu'elle ouvre le recueil et qu'elle donne le ton. Une fois réglés tous ces détails, j'ai enfin pu envoyer mon manuscrit. On était déjà en septembre ou octobre. Je suis allé l'imprimer à l'UQAM.

Un livre né dans la joie

En novembre 2002, une réponse de Micheline Dandurand, nouvelle directrice littéraire de la collection roman, m'apprenait d'abord par oral puis par écrit que le manuscrit était accepté : «Je tiens à te préciser que ton manuscrit a fait l’objet d’une recommandation unanime quant à sa publication. Tout le monde a été charmé par la qualité de tes textes, tant par la maîtrise de l’écriture qu’ils révèlent que par le traitement tout intérieur et fort émouvant qu’ils offrent d’un sujet brûlant», disait-elle dans son message électronique. C'était comme un cadeau de Noël en avance !

Ma directrice littéraire m'avisait qu'elle allait entreprendre une relecture de travail du manuscrit et qu'elle me redonnerait des nouvelles en janvier pour qu'on puisse se rencontrer et en parler. Mais quand elle m'a fait signe en janvier 2003, nos routes n'ont pas réussi à se croiser. Il a fallu attendre février où je la rencontrai pour la première fois. Quand elle vint à la maison, Micheline Dandurand avait ces autres commentaires à mon intention. 

« Combinaison de la profondeur de l'analyse et du sens du détail qui a pour résultat de faire réfléchir sans même qu'on s'en aperçoive. Le lecteur est conduit pas à pas vers une réflexion saisissante dont la portée se mesure encore bien longtemps après qu'on a terminé la lecture du manuscrit.

Au-delà de ces qualités certaines du texte, il me semble que ce qui le rend unique, c'est sorte de magie qui s'opère entre le style et le propos. [...] La tension de l'écriture monte à la fois grâce au propos, à la fois grâce à l'écriture et au style lui même. »

Lorsque j'ai travaillé sur les corrections de Ma vie me prend tout mon temps, j'ai inugauré une toute nouvelle méthode. Je n'ai pas tout relu, je n'ai pas voulu tout reprendre comme je le faisais autrefois, ce qui entrainait un excédent de corrections et de nombreuses complications ­­ j'avais en effet tendance à changer le texte, à l'allonger ou à la couper considérablement selon les passages, et ça n'en finissait plus.

Cette fois-ci, j'ai accepté le texte tel qu'il était.
J'ai fait confiance à ce que j'avais écrit, à l'enthousiasme de mon éditeur et au savoir-faire de ma directrice littéraire. J'ai lu ses corrections dans un esprit d'ouverture, sans chercher à me bloquer ou à tout contester comme j'en avais eu l'habitude, et en me rappellant qu'elle n'était pas n'importe qui, qu'elle savait ce qu'elle faisait, qu'elle le faisait pour mon bien, pour le bien du texte et des lecteurs. Je ne voulais plus de conflit comme j'en avais vécu quand j'avais fini littéralement épuisé les corrections de Journal de l'infidèle. J'ai pris connaissance de chaque suggestion de modification avec plaisir et j'en ai tenu compte presque systématiquement. Il n'y en avait pas tant que ça, d'ailleurs.

À une époque de ma vie, après la publication de Retour sur les années d'éclipse, je me suis mis à chasser les «comme» de mon écriture; je m'étais rendu compte soudain qu'ils étaient trop nombreux et répétitifs. Ma vie me prend tout mon temps m'a appris à chasser les «tout» et le verbe «dire». Mais quel plaisir ce fut !

Quel bonheur de travailler sans heurt, dans la paix et l'harmonie. 
Le résultat me plaît infiniment.

 
  • Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site des éditions Vents d'Ouest

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