La
petite histoire de
Ma vie me prend tout mon temps
Depuis plusieurs années déjà, l'idée de publier un
nouveau recueil de nouvelles me trottait dans la tête.
Mes premiers textes
étaient d'abord des nouvelles. Et puis, je subissais toujours cette pression
des gens qui me disaient : « Ça vend pas les nouvelles, c'est démodé, c'est pas
ça qu'il faut écrire. Fais donc un roman ! »
Combien de fois l'ai-je
entendue, celle-là ? De la part de vraiment tout le monde. Alors, voilà, j'ai
abandonné la nouvelle et je suis venu au roman. J'en ai écrit trois à la
suite. Et maintenant, après tout ce temps, c'est comme s'il m'avait fallu revenir aux origines.
Je n'ai jamais arrêté d'écrire des nouvelles, de parler de Sylvie, de Germain,
de Christian Raux, de mon frère, des marins de Bélem et de Daniel Boudinet. Il fallait toujours me libérer de ces
histoires. Entre chaque roman, et parfois même à l'intérieur d'un roman, je
m'autorisais une pause, je partais sur un personnage, une époque. Une
nouvelle naissait.
Au fil
des ans, les textes se sont accumulés. Quelques-uns ont été publiés à
droite et à gauche mais les plus longs d'entre eux restaient inédits. Il
fallait penser au recueil.
Quand Colette Michaud, des éditions
Vents d'Ouest, m'a
annoncé au cours de l'été 2002 la réimpression de Journal de
l'infidèle,
elle me glissa un commentaire dans un courrier sur le succès du livre, faisant
également allusion aux fait que «c'est donc dire que votre roman plaît
beaucoup et que, peut-être, les
lecteurs souhaiteraient vous lire de nouveau. Dans les circonstances, je ne peux
que vous encourager à reprendre la plume ».
Je me suis dit que ça tombait
bien. J'ai répondu que justement je songeais à un recueil de nouvelles, mais
il me fallut encore plusieurs mois avant d'envoyer le manuscrit chez Vents
d'Ouest. Nous avons encore eu l'occasion d'en reparler avec Colette Michaud. Je
lui disais que ça venait et elle disait que c'était d'accord.
Pendant ce
temps, je reprenais l'ensemble des textes. je cherchais la direction que
j'allais donner au recueil.
C'est quand j'ai décidé d'ajouter le texte sur
Lou Goaco [
photo ci-contre ] et de le mettre en ouverture que le recueil a pris tout son sens.
À cette époque, j'hésitais encore entre deux titres possibles, tous deux
extraits des textes, soit : Je suis ma seule aventure ou
Ma
vie me prend tout mon temps. J'ai fait un sondage autour de moi pour
savoir ce que les gens en pensaient. J'ai particulièrement tenu compte de
l'avis de mes amis Charbonneau qui ont voté à deux sur trois pour Ma
vie me prend tout mon temps. J'aimais beaucoup ce titre, moi aussi, et
comme j'avais peur que l'autre sonne un peu négatif, c'est celui-là que j'ai
décidé de garder finalement.
En adoptant
Ma vie me prend tout mon
temps comme titre du livre, j'étais obligé de rebaptiser la nouvelle
qui portait ce titre. Je l'ai appelée "Préambule"
puisqu'elle ouvre le recueil et qu'elle donne le ton. Une fois réglés tous
ces détails, j'ai enfin pu envoyer mon manuscrit. On était déjà en
septembre ou octobre. Je suis allé l'imprimer à l'UQAM.
Un livre né dans la joie
En novembre 2002, une
réponse de Micheline Dandurand, nouvelle directrice littéraire de la
collection roman, m'apprenait d'abord par oral puis par écrit que le manuscrit
était accepté : «Je tiens à te préciser que ton manuscrit a fait
l’objet d’une recommandation unanime quant à sa publication. Tout le monde
a été charmé par la qualité de tes textes, tant par la maîtrise de l’écriture
qu’ils révèlent que par le traitement tout intérieur et fort émouvant
qu’ils offrent d’un sujet brûlant», disait-elle dans son message
électronique. C'était comme un cadeau de Noël en avance !
Ma directrice
littéraire m'avisait qu'elle allait entreprendre une relecture de travail du
manuscrit et qu'elle me redonnerait des nouvelles en janvier pour qu'on puisse
se rencontrer et en parler. Mais quand elle m'a fait signe en janvier 2003, nos
routes n'ont pas réussi à se croiser. Il a fallu attendre février où je la
rencontrai pour la première fois. Quand elle vint à la maison,
Micheline Dandurand avait ces autres commentaires à mon intention.
« Combinaison
de la profondeur de l'analyse et du sens du détail qui a pour résultat de
faire réfléchir sans même qu'on s'en aperçoive. Le lecteur est conduit pas
à pas vers une réflexion saisissante dont la portée se mesure encore bien
longtemps après qu'on a terminé la lecture du manuscrit.
Au-delà de ces
qualités certaines du texte, il me semble que ce qui le rend unique, c'est
sorte de magie qui s'opère entre le style et le propos. [...] La tension de
l'écriture monte à la fois grâce au propos, à la fois grâce à
l'écriture et au style lui même. »
Lorsque j'ai travaillé
sur les corrections de Ma vie me prend tout mon
temps, j'ai inugauré une
toute nouvelle méthode. Je n'ai pas tout relu, je n'ai pas voulu tout reprendre
comme je le faisais autrefois, ce qui entrainait un excédent de corrections et
de nombreuses complications j'avais en effet tendance à changer le texte,
à l'allonger ou à la couper considérablement selon les passages, et ça n'en
finissait plus.

Cette fois-ci, j'ai
accepté le texte tel qu'il était.
J'ai fait confiance à ce que j'avais
écrit, à l'enthousiasme de mon éditeur et au savoir-faire de ma directrice
littéraire. J'ai lu ses corrections dans un esprit d'ouverture, sans chercher
à me bloquer ou à tout contester comme j'en avais eu l'habitude, et en me
rappellant qu'elle n'était pas n'importe qui, qu'elle savait ce qu'elle
faisait, qu'elle le faisait pour mon bien, pour le bien du texte et des
lecteurs. Je ne voulais plus de conflit comme j'en avais vécu quand j'avais
fini littéralement épuisé les corrections de Journal
de l'infidèle. J'ai pris connaissance de chaque suggestion de
modification avec plaisir et j'en ai tenu compte presque systématiquement. Il
n'y en avait pas tant que ça, d'ailleurs.
À
une époque de ma vie, après la publication de Retour
sur les années d'éclipse, je me suis mis à chasser les «comme» de
mon écriture; je m'étais rendu compte soudain qu'ils étaient trop nombreux et
répétitifs. Ma vie me prend tout mon temps m'a appris à chasser les
«tout» et le verbe «dire». Mais
quel plaisir ce fut !
Quel bonheur de travailler
sans heurt, dans la paix et l'harmonie.
Le résultat me plaît infiniment.