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Mise à jour :
09 septembre 2005
© pierre salducci - 2002

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La
parole séropositive
Ce
texte a été écrit pour l’éditorial
du bulletin Le Point de VIH+
dont j'étais le rédacteur en chef [ publication
du CPAVIH, vol.
12, n° 2, été 2003 ] C'est un appel à une
séropositivité affichée. Il a été repris par le magazine L'Itinéraire
qui m'a demandé en même temps de tenir une chronique sur le vih à
partir de septembre 2003.
Au Québec, on estime que
plus de 16 000 personnes vivent avec le VIH (120 à 130 000 en France ! ) et
on sait que ce nombre est loin de diminuer. On parle même d’une
recrudescence des contaminations ( 8 % de cas supplémentaires entre 1999 et
2001 rien qu’aux États-Unis). Si on ajoute à cela que l’espérance de
vie des personnes atteintes ne cesse d’augmenter, nous pouvons en déduire
en toute logique que les personnes vivant avec le VIH sont de plus en plus
nombreuses. C’est une réalité. C’est pourquoi, plus que jamais, il est
important de se regrouper et de faire entendre notre voix.
Faire entendre notre voix
Quand je me promène dans
le Village, je vois beaucoup de personnes séropositives ; je les devine,
je les reconnais, je sais qu’elles le sont parce que je suis comme elles.
Nous vivons tous la même chose : les mêmes visites éternelles chez le
médecin, les mêmes médicaments, les mêmes effets secondaires. La séropositivité
se voit, se reconnaît, mais étrangement, elle ne s’entend pas. Je me dis
sans cesse : « Mais où est-elle, la parole des personnes vivant
avec le VIH ? Nous sommes si nombreux et on ne nous entend pas ! »
16 000 personnes, ça fait du monde, pourtant ! C’est déjà une petite
ville. Mais c’est une ville que nous habitons en silence.
Car c’est un fait. Depuis
qu’elle existe, depuis qu’elle a été créée par les médicaments, la
vie avec le VIH se vit la plupart du temps dans le placard. Je me suis demandé
pourquoi. Pourquoi cette parole séropositive, si riche en expériences et qui
a tant à dire, tant à transmettre, et tant à demander aussi, pourquoi cette
parole séropositive ne circule-t-elle pas ?
Regardez autour de vous.
Elles sont bien rares les émissions de télé ou de radio qui parlent de
nous. Il me semble que les journalistes évoquent facilement bien des misères
humaines, mais que la nôtre leur reste indéfiniment étrangère. Pour eux,
à partir du moment où nous bénéficions de la trithérapie, nous n’avons
plus rien à dire. De quoi nous plaindrions-nous ? Les traitements améliorent
notre vie, qu’est-ce qu’on pourrait demander de plus ? Eh bien !
on pourrait tout simplement demander que notre ventre ne ressemble pas à un
ballon de baudruche et que nos joues conservent leurs belles rondeurs pleines
de santé. On pourrait aussi tout simplement demander d’avoir le droit de
vivre au grand jour sans être regardés comme des gens à part.
Je vous lance un appel
Le sida a une voix. Une
voix qu’on entend souvent. Une voix que plusieurs personnalités n’ont pas
hésité à relayer et dont la presse s’est également emparée. Mais la séropositivité,
en revanche, reste muette. Qui entend parler du fait de vivre avec le VIH
concrètement dans son quotidien ? Qui est prêt à aborder la question
franchement et honnêtement avec son entourage, avec ses collègues ou
avec les différents paliers de gouvernement ? Force est de reconnaître
que c’est encore difficile.
Je me suis questionné sur
cette réalité et j’en suis venu à la conclusion que si on ne nous entend
pas, c’est soit qu’on ne nous donne pas la parole, soit que nous ne la
prenons pas. Mais dans les deux cas, il faut que ça change. Et si nous
restons dans ce silence, les choses ne changeront jamais. Les mentalités n’évolueront
pas et notre sort restera celui d’une minorité silencieuse et ignorée. Je
voudrais donc vous inviter à faire en sorte que ça change. Je vous invite à
parler autour de vous, à sortir de votre isolement et à ne plus avoir peur
ou honte de dire que vous vivez avec le VIH. Je sais que c’est plus facile
à dire qu’à faire, mais je crois que c’est quand même une bonne
direction à suivre et que c’est possible au moins pour un certain nombre
d’entre vous. Je vous invite à prendre la parole. À écrire, à réagir,
à donner votre opinion. Vous pouvez également utiliser Internet qui est idéal
pour rejoindre les gouvernements ou une administration. Je vous invite enfin
à intervenir dans les médias, car ce sont nos médias et qu’ils sont là
pour ça. À exposer vos demandes, vos questions, vos difficultés. Toutes les
idées et les initiatives sont les bienvenues pour que la parole séropositive
circule. J’aimerais vous entendre, savoir ce que vous vivez, de quoi vous
avez besoin, de quoi vous souffrez. Alors, montrons un peu d’audace. Faites
circuler votre voix et sortez de votre coquille. C’est dans notre intérêt à tous…

Existe-t-il
un avenir
après un «outing» ?
Ouvertement
gai et ouvertement séropositif, Jean-Luc
Roméro est devenu un des élus les plus populaires de France. Il est
aujourd'hui Conseiller régional d'Île-de-France et secrétaire national
de l'UMP.
Mais avant d’en arriver là, il a d’abord vécu l’épreuve d’être
le premier politicien dont l’homosexualité a été révélée par la
presse.
[ Texte publié initialement par le revue Ici - Montréal, 24 juillet 2003 ]
Le « monsieur
sida » de son parti
À 43 ans,
Jean-Luc Roméro a déjà une longue carrière derrière lui. Élu conseiller
municipal en 1989, puis conseiller régional en 1998, il doit principalement sa
renommée à son engagement dans la lutte contre le sida. En effet, il fonde en
1995 l’association « Élus
contre le sida » qui regroupe plus de 12 000 élus de toutes
appartenances politiques. Pour Jean-Luc Roméro, les élus locaux « ont un
rôle clef à assumer », de par leur position extrêmement stratégique,
à la fois proches des gouvernements et proches de la population.
Au nom de son
association, Jean-Luc Roméro réclame que le sida soit déclaré cause
nationale de toute urgence et que les personnes qui vivent avec le vih
deviennent une nouvelle priorité pour les gouvernements. Pour soutenir ses
propos, il rappelle que « dans le monde comme en France, jamais autant de
personnes n’ont vécu avec le vih ». Il demande notamment de nouvelles
mesures pour faciliter l’accès au travail et l’intégration des personnes séropositives.
Preuve à l’appui, il cite ce récent sondage selon lequel « 100 %
des employeurs interrogés disent ne pas donner suite à un entretien
d’embauche où une personne mentionne qu’elle est séropositive. »
Célèbre
malgré lui
En 1999,
Jean-Luc Roméro est pressenti parmi les têtes de liste aux prochaines élections
municipales à Paris. Philippe Séguin, l’homme fort de la droite à ce
moment-là, serait en train de se laisser convaincre. Pour Jean-Luc Roméro, ce
serait un indéniable geste d’ouverture envers toutes les idées et mesures
avant-gardistes qu’il ne cesse de prôner. Car cet homme engagé a besoin
d’alliés. Il incarne magnifiquement une sorte de nouvelle droite, plus
humaine, plus proche de l’électorat de base et surtout plus moderne, mais il
le fait dans une extrême solitude, sans être écouté par aucun de ses chefs,
et depuis trop longtemps déjà.
Mais alors
que tous les espoirs lui sont permis, Jean-Luc Roméro reçoit une véritable
douche froide sur la tête. En octobre 1999, une publication gaie évoque
clairement l’homosexualité du politicien, sous prétexte qu’elle serait déjà
de notoriété publique. L’auteur de l’article se demande pourquoi la droite
ne présenterait pas Jean-Luc Roméro dans le Marais, puisqu’il est homosexuel
(et que le Marais est le village gai de Paris).
La nouvelle,
qui n'était évidemment pas connue de tous, fait le tour de la presse nationale
et de l’état-major de la droite au grand complet. Jean-Luc Roméro devient
pour toute la France « le premier outing d’un homme politique ».
Le voici forcé de réagir et contraint au « coming out » immédiat.
En l’espace de quelques heures, tout son univers bascule. Il porte plainte
aussitôt mais le mal est fait. Les cadres frileux de son parti de droite se rétractent.
Il n’obtient plus aucun soutien de personne. Sa belle relation avec Philippe Séguin
tourne au cauchemar. Toutes ses aspirations se trouvent réduites à zéro.
Plongé plus
que jamais dans une extrême solitude, Jean-Luc Roméro éprouve le besoin de
donner sa version des faits et rédige son premier livre, « On m’a volé
ma vérité » ( éditions du Seuil, 2001 ), dans lequel
l’homme politique en profite pour lancer un vibrant plaidoyer pour le respect
de l’intimité et pour une ouverture des attitudes et des réglementations
envers les gais.
Alors que
l’avenir politique de Jean-Luc Roméro semble bouché et que sa carrière est
au point mort, l’homme se consacre pendant plusieurs mois à répondre aux
questions de chacun et à expliquer ce qu’il vit. Il est partout à la télé
et dans la presse où il rabâche ses positions sur le sida et sur les gais. Un
discours qui lui vaut peu à peu le soutien de la population. Au bout du compte,
il se constitue un véritable capital de sympathie et reçoit le VSD d’or catégorie
homme politique de l’année 2001. Il a conquis le cœur des Français et sa
popularité n’a jamais été aussi grande !
Champion du
coming out
Devenu
l’incarnation même du « coming out », Jean-Luc Roméro décide
d’aller plus loin. L’homme est séropositif depuis 1987. Il n’en a jamais
parlé, mais cela commence à se voir. Certains journalistes se permettent déjà
quelques allusions à ce sujet. Cette fois, Jean-Luc Roméro veut le dire avant
de se laisser couper l’herbe sous les pieds et de subir un deuxième « outing ».
C’est
ainsi qu’en mai 2002, il publie un deuxième livre « Virus de vie » (éditions Florent Masso, 2002) dans lequel il annonce officiellement sa séropositivité,
ce qui fait de lui le seul élu ouvertement séropositif de France.
L’affaire ne lui vaut que des soutiens supplémentaires et une nouvelle
crédibilité dans sa lutte contre le sida. Dorénavant, quand Jean-Luc
Roméro s’exprime, plus personne ne doute qu’il sait de quoi il parle.
Depuis ce
deuxième « coming out », Jean-Luc Roméro est particulièrement précoccupé
par la question de la visibilité de la séropositivité. Lors d’un voyage en
Afrique du sud, il découvre un document intitulé « Vivre au grand jour »,
qui présente trente et un portraits de personnalités qui ont accepté de révéler
publiquement leur séropositivité. Y compris un juge de la cour
constitutionnelle, blanc et gai ! Tous témoignent à visage découvert,
faisant ainsi crever une bulle de silence et de honte complètement étouffante.
Inspiré par l’initiative, Jean-Luc Roméro se donne aussitôt pour mandat de
réussir à publier en France une compilation du même genre. Un projet annoncé
en 2002 mais qui n’est toujours pas abouti à ce jour.
Renaître de
ses cendres
Aujourd’hui,
Jean-Luc Roméro est de nouveau un homme heureux. Porté par le succès qu’a
connu « Elus locaux contre le sida », il a fondé en janvier 2002
une autre association, « On
Est Là ! », qui entend faire valoir certains thèmes jugés
tabous ou mineurs par les partis politiques.
Habile stratège,
Jean-Luc Roméro s’est remarquablement servi de tous les moyens de
communication disponibles pour plaider sa cause et diffuser ses idées. Il a écrit
trois livres en trois ans, s’est fait bâtir un site Internet et ses deux
associations sont également sur le net.
À présent,
tel qu’il l’exprime dans son plus récent livre, « Lettre à une
droite maladroite » (éditions Ramsay, 2003), Jean-Luc Roméro
ne cherche rien de moins qu’à révolutionner la droite. Il veut lui
rendre l’image progressiste qu’elle avait du temps de Giscard
d’Estaing et des avancées sur la femme, l’avortement, la majorité
sexuelle et électorale.
Son « outing »
malheureux de 1999 n’est plus qu’un mauvais souvenir, même si l’élu
reconnaît que « ça reste stigmatisant ». Certes il a vécu
« deux ans de purgatoire » et il s’est senti « un peu mis à
l’écart », mais il reconnaît tout de même que « les choses vont
nettement mieux. », avant de conclure que « c’est du passé. »
De plus, les tribunaux lui ont donné raison et il a empoché 3 000 euros pour
préjudice moral. Pour compléter le tout, son parti vient enfin de lui confier
une mission officielle en le nommant « secrétaire national », en février
dernier. Comme quoi, Jean-Luc Roméro a gagné son pari. Il a tout dit de lui, même
ce qu’il croyait impossible, et sa carrière politique ne s’est jamais aussi
bien portée !
Voir
également :
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