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Mise à jour :
09 septembre 2005

© pierre salducci - 2002

 

                   N o u v e l l e s

 

Dès que j'ai commencé à écrire, je me suis tourné vers le texte court et la nouvelle.

Si certains de mes premiers textes, comme «Dalla cima» font un effort volontaire pour respecter les règles classiques de la nouvelle, je m'en suis écarté très vite, non par esprit de contestation, mais plutôt pour coller à ma propre vision du texte.

Mes premiers écrits, dès le collège, flirtaient avec l'autofiction.

  • J'étais le héros transposé de petits romans tapés à la machine que j'agrafais sous une jolie couverture de papier carton Canson de couleur. J'en avais écrit trois ou quatre dans le même genre, mais je ne me souviens que d'un seul que j'avais intitulé
      Un caillou dans les lentilles.

Illustration pour "Aveuglément confiant".

À cette époque - on était entre 1975 et 1977, j'étais obsédé par les titres des romans de Gilbert Cesbron et je m'étais creusé la tête pour trouver une métaphore qui puisse servir de titre, comme lui le faisait toujours (Une abeille contre la vitre, Chiens perdus sans collier, C'est Mozart qu'on assassine, etc.). Chaque texte était accompagné de la mention «roman» même s'il ne faisait que quelques dizaines de pages.


Illustration pour «Aveuglement confiant»
(Journal
L'Impartial)

 

  • Plus tard, je dirais quand les choses ont commencé à devenir sérieuses, j'ai commencé à troquer mon rôle de «personnage de roman» pour devenir «l'observateur du roman». Je me préoccupais beaucoup de l'extérieur, des autres, et je regardais vivre ce qui m'entourait dans les plus petits détails, allant chercher là une vérité qu'aucune autre évocation ne pouvait rendre. 


En lire plus sur Pierre Salducci et la nouvelle:
  

«J'ai toujours eu le cinéma en tête au moment d'écrire.»



Les nouvelles de Pierre Salducci :

cover_inventes.jpg (14628 bytes)   

 

 

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Erik Rémès, le héros
Article paru dans ICI, vol. 6, n° 31, Montréal, Québec, 6 mai 2003.


Il faudrait remercier Erik Rémès pour son courage et l’opportunité qu’il nous donne. Il est avec Guillaume Dustan le premier et le seul observateur de la réalité du bareback. 

En écrivain scrupuleux et témoin de son temps, il rend compte dans ses livres de ce qu’il voit dans sa vie.  Il nous informe. Il nous avise. Car ce qu’il dit n’est pas de la fiction. Le bareback existe. Il est partout. Chez les gais comme chez les hétéros. Aux États-Unis, en France, au Québec. Ce n’est pas un hasard si le taux de contamination par le vih a augmenté de 8% aux États-Unis dans les dernières années. Chez nous aussi, la tendance est à la hausse.

Et ce n’est pas que dans la communauté gaie que ça se passe, loin de là ! En effet, selon les plus récentes données, la majorité des nouveaux cas de contamination se situe dans le groupe des jeunes femmes hétérosexuelles.

Les organismes sida du Québec ne sont pas aussi audacieux qu’Act Up. Ils commencent à peine à parler du relapse - qui est un relâchement occasionel de la prévention - et ne considèrent toujours pas l’existence du bareback qui est un abandon volontaire du préservatif. Le nouveau directeur d’Action Séro Zéro est allé déclarer au Journal de Montréal que le bareback « reste un phénomène très marginal et underground ». C’est peut-être vrai, mais ce n’est pas une raison pour faire comme si ça n’existait pas.
Bien des phénomènes qui commencent de façon « marginale et underground » finissent un beau jour par devenir énormes et par nous péter en pleine face. N’est-ce pas d’ailleurs le propre du sida ? On le croyait réservé à quelques « marginaux underground » autrefois, et regardons où on en est rendu aujourd’hui. Qu’est-ce qu’attend Action Séro Zéro pour tirer le signal d’alarme et ajuster son discours ?
Combien d’années faudra-t-il encore ? Combien de personnes séropositives nouvellement infectées dans des circonstances troubles avant de parler sérieusement du bareback ? Pourquoi ne pas profiter de gens comme monsieur Rémès pour le faire ? Faut-il toujours tout sacrifier au politiquement correct ?
Erik Rémès n’est pas la pour faire la promotion d’un genre de vie, pour prendre position contre ceci ou pour cela. Il raconte, c’est tout. Et il dit qu’il est bien placé pour parler puisqu’il vit lui-même de telles choses. Il ne dit à personne de faire comme lui. Il dit que ça existe. Grâce à lui, nous sommes avisés d’une nouvelle réalité. Si nous savons en tenir compte nous pourrons prendre des mesures pour corriger cette situation ou parer ses conséquences. Mais si nous faisons la sourde oreille, la situation va perdurer en silence et cette pratique ne manquera pas de se généraliser puisqu’elle n’est jamais évoquée, nullle part. 
Depuis la découverte du vih dans les années 80, tout a évolué dans le domaine du sida : le virus, les traitements, les soins, les effets secondaires, les mentalités, l’espérance de vie… Tout ! La seule chose qui n’a pas évolué, c’est le discours sur la prévention. Pas évolué d’un pouce ! On en est toujours aux mêmes vieilles peurs, aux mêmes vieux réflexes et au mêmes vieux raisonnements. Ça ne se peut pas ! Les chiffres de la recrudescence des contaminations nous montrent que cette sorte de prévention est usée, qu’elle ne marche plus. Si tout a évolué dans le milieu du sida, il faut que la prévention évolue au même rytme. 
Peut-être serait-il temps d’aborder la question autrement, et d’arrêter de dire qu’on meurt encore du sida par exemple, puisque ce n’est plus tout à fait exact. Peut-être aussi serait-il temps d’arrêter d’associer la séropositivité à la « transmission de la mort » car ce n’est pas vrai non plus et les milliers de personnes vivant avec le vih au Québec en sont la preuve vivante depuis des années … 
Et puis, peut-être faudrait-il commencer à comprendre qu’après 20 ans d’épidémie, il y  a des gens qui sont tannés du préservatif et qui ne sont tout simplement plus disposés à en mettre. Tout le monde n’a pas la même attitude face au risque. Aujourd’hui, certaines personnes préfèrent tout simplement avoir le vih une bonne fois pour toutes plutôt que de vivre en permanence dans la peur de l’attraper, d’autres enfin font confiance au développement de la science pour les garder en vie et diminuent leur niveau de vigilence. Ces attitudes peuvent nous choquer, nous surprendre, mais il ne sert à rien de les nier. Au contraire ! Pourquoi aucune mesure de prévention n’est-elle mise en place pour s’adresser particulièrement à ces gens-là et les encourager à rester safe ?
Personnellement, je ne pratique pas le bareback et je n’ai aucune envie d’en faire la promotion. Mais je peux comprendre ceux qui en sont arrivés là, je peux m’imaginer facilement leurs raisons et je ne suis pas prêt à les lyncher sur la place publique. Si nous ne manifestons pas un peu plus d’ouverture, nous n’aurons jamais la force de relever les nouveaux défis de la prévention. La situation va perdurer en silence et cette pratique ne manquera pas de se généraliser puisqu’elle n’est jamais évoquée, nullle part.
Erik Rémes doit être considéré comme un véritable héros pour avoir brisé la loi du silence et avoir accepté de s’offrir ainsi en pâture à la verdicte publique. Avec talent et diplomatie, il nous prouve qu’on peut aborder la question autrement, qu’il existe d’autres pistes de réflexion et que l’heure est à la renégociation de la protection dans les relations sexuelles. Au lieu de tout rejeter en bloc et de juger les autres, comme le font certains, mieux vaut regarder les choses en face, essayer de comprendre et de s’adapter. Si cela ne se fait pas dans un débat collectif, conscient, ouvert et à voix haute, cela se fera de toute façon en privé, dans l’anarchie et dans le noir des backrooms.

 

 

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