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Mise à jour :
20 janvier 2007
© pierre salducci - 2002
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Erik
Rémès
à l'émission
de Christiane Charette
Article paru dans RG, n° 249, 22e année, Montréal, Québec,
juin 2003.
L’accueil qui a été réservé à
Erik Rémès, dimanche 27 avril, sur les ondes de Radio-Canada dans le cadre de
l’émission Christiane Charrette en direct, n’était pas digne des
participants réunis sur le plateau.
Dès les premières minutes, Christianne
Charrette s’est définie elle-même comme « une pauvre hétéro
coincée » ce qui la plaçait d'emblée en adversaire de son invité,
comme si elle prenait position contre lui. Ensuite, son attitude et ses
questions trahissaient une étroitesse
d’esprit étonnante, sa capacité de compréhension du monde semblait
avoir atteint ses limites.
Alors que
Erik Rémès parlait de son amant en disant « mon mari », celle-ci
lui a rétorqué : « Vous avez un
mari ? Vous êtes sa femme ? » Ça sonnait mal. Méprisante envers toute la communauté gaie,
Christiane Charrette avait donné le ton et on voyait bien que le respect ne
serait pas au rendez-vous.
Emporté
par l'élan, même Yves Jacques s’est
autorisé à se montrer grossier, insultant abondamment Erik Rémès à
plusieurs reprises par la suite. « Vous êtes ridicule ! Vous êtes
une espèce de ringard franchouillard. », « Retournez chez vous ! »,
lui a-t-il lancé, prétendant que Erik Rémès avait une « image dépassée
de l’homosexualité ». Mais quand Yves Jacques a affirmé avec applomb
que « Ici, il n’y a pas de backroom »,
on s’est très vite rendu compte que c’était lui en
fait le plus dépassé des deux.
Quand
Yves Jacques nous fait honte
Yves
Jacques est intervenu dès le début du débat en lançant toute une série
d’inepties. Il a d’abord prétendu que « Ici, il n’y a pas de
backroom. » Avant d’ajouter que les backrooms sont « la pire
chose au monde » ce qui est une affirmation bien moralisatrice que tout le
monde ne partage pas.
Désolé de faire de la peine à
monsieur Jacques, mais les backrooms existent à Montréal. Elles sont différentes
de par le passé et dans des endroits différents, mais elles existent. On peut
ne pas être d’accord avec tout ça, ne pas vouloir en faire la promotion,
mais dire que ça n’existe pas, c’est mentir et c’est grave.
Par ailleurs,
ce n’est pas tant la question des backrooms qu’il faut considérer, mais
celle du type de rencontres qui y sont associées. Et tout le monde sait que ce
type de rencontre s’est beaucoup transféré sur Internet grâce aux sites,
aux chats et aux services de petites annonces. Et ce n’est pas tout ! Les saunas, les rave party, les lieux de rencontres anonymes et les partys privés
favorisent également le bareback. Ainsi, au Québec comme ailleurs, le marché
du sexe sans préservatif est fleurissant et c’est la seule chose à retenir.
Yves
Jacques est un ignorant et ça se voit. S’il se tenait un peu plus au courant
de ce qui se passe dans sa communauté, il saurait que tout ce qu’a raconté
Erik Rémès est vrai, que cela se passe aujourd’hui même et ici aussi. Et il
l’aurait soutenu au lieu de l’agresser. Il suffit d’ouvrir les yeux au
lieu de faire sa vierge offensée. Mais il est vrai que quand on a deux films au
programme du Festival de Cannes et qu'on est sur un plateau pour faire la
promotion de sa prochaine pièce de théâtre au TNM, on n'a pas forcément
envie de se mettre à dos tout le grand public...
Cette
attitude est d’autant plus décevante qu’on était vraiment en droit de
s’attendre à autre chose de la part du comédien. Alors qu’il aurait pu
aider l’assistance à mieux comprendre le message de Erik Rémès, alors
qu’il aurait pu jouer le rôle de modérateur et sensibiliser le public au
problème du barreback, il a fait tout le contraire. J’avais honte pour lui.
Honte de son attitude. Et de celle de tous les autres qui étaient là, rassurés
dans leur modèle de pensée, ces soi-disant « artistes » et
« penseurs » qui assistaient à ça sans rien dire.
Mais
ce n’est pas tout ! Au cours de cette merveilleuse et débilitante émission,
Yves Jacques a eu le culot de déclarer que ce qui pourrait arriver de mieux,
c’est « qu’on ne fasse plus de gay pride. » Là encore quel bel
exemple d’intelligence et de soutien à la communauté. Est-ce que c’est la
vision qu’il prône de l’homosexualité… un retour au placard et à une
homosexualité invisible ?
Ces
déclarations sont d’autant plus étonnantes quand on se rappelle que le comédien
a été choisi comme porte-parole officiel de l’organisme communautaire Gai écoute.
Comment peut-il se balader en voiture en envoyant des tatas lors de la parade de
la Fierté gaie et aller déclarer ensuite sur les ondes de Radio-Canada qu’il
n’est pas en faveur de ce genre de manifestations ? Décidément, après
les bourdes de Daniel Pinard, on peut dire que Gai écoute a bien du mal avec
ses porte-parole... Pas facile de trouver un candidat qui n'ira pas s'illustrer
d'une déclaration fracassante à un moment ou un autre !
Personnellement,
je suis très choqué par l’attitude d’Yves Jacques, son manque de respect,
sa vulgarité, son homophobie et sa xénophobie affichée. Plusieurs personnes
autour de moi, même hétéros, se sont senties très mal à l’aise aussi. Je
suis scandalisé qu’une personnalité gaie tienne de tels propos, qu’elle
adopte un discours aussi catégorique sans souci de la diversité qui règne à
l’intérieur de notre communauté.
En
coupant ainsi la parole de façon grossière et insistante, Yves Jacques espérait
nous inciter au boycot de la pensée d’Erik Rémès, mais en bout de ligne,
c’est peut-être le comédien lui-même qui risque de se faire boycotter.
Erik
Rémès est un artiste, un écrivain et un penseur. C’est Radio-Canada qui l’a
invité, ce n’est pas lui qui a demandé à venir. La moindre des choses est
de respecter un minimum sa démarche artistique et de l’écouter jusqu’au
bout. Pratiquement la totalité des journalistes et des personnaliutés qui se
sont adressées à Erik Rémès, qui l'ont accusé et lui ont demandé des
comptes, n'avaient même pas lu le livre dont il est question. Jusqu'à quel
point peut-on accepter une telle situation ? Quel sérieux cela donne-t-il de la
presse au Québec ?
Il
y a beaucoup à apprendre de l'expérience d'Erik Rémès. Grâce à lui, on
pourrait revoir certaines approches de la prévention et éviter peut-être de
nouvelles contaminations.
Mais
personne n’a su se saisir de cette chance. Sans compter que si on ne voulait
pas l’entendre, pourquoi être allé le chercher en France et avoir dépensé
autant d’argent pour ça ? Radio-Canada lui a payé son voyage, tous ses
frais, pour qu’il puisse venir s’exprimer ici et présenter ses idées. Et
à quoi a-t-il eu droit ? Des insultes, du mépris, de la suspiscion.
Personne ne l’a laissé parler. Quel était le but dans tout ça ? Se défouler
sur un intellectuel étranger parce qu’on n’ose le faire sur personne entre
nous ? Ce n’est pas une façon d’agir.

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