La vérité
sur les nouvelles
La petite histoire de Souvenirs
inventés
Aveuglément
confiant
C'est Lou Goaco qui m'a raconté les
grands traits de cette histoire. Il avait vécu cela lui-même. Son chum était
malade. Il s'appelait Thierry et il était à l'hôpital. On savait que c'était
lié au vih mais pas exactement jusqu'à quel point. Lou Goaco dormait. C'était
la nuit. Le téléphone a sonné et on lui a dit : "Si vous voulez le
voir, venez !"
C'est de ça dont je suis parti dans la
nouvelle. De cette phrase en pleine nuit.
C'était une situation de crise, une
urgence absolue, très soudaine et très inquiétante. Dans mon histoire, j'ai
gardé la fin tel qu'elle était dans la réalité - c'est-à-dire qu'après une
longue attente, Thierry s'était réveillé et tout s'était amélioré très
vite par la suite, jusqu'à redevenir quasi comme avant.
Si ce n'est que Lou Goaco m'avait fait
part de l'intensité de la peur qu'il avait éprouvée, puis il m'avait confié
qu'à partir de là, il s'était mis à appréhender encore plus le moment où
cela allait se produire pour vrai. Il avait l'impression de s'être rapproché
d'un ultimatum. Il voyait cette alerte comme un mauvais présage et redoutait
désormais ce qui allait se passer. Il était bouleversé.
J'ai repris ces réflexions quasiment tel
quel dans mon texte - si ce n'est que je me les approprie, qu'elles sont
transposées en moi. Je le fais d'autant plus facilement qu' elles correspondant à mes propres angoisses à ce moment. Je les comprends
parfaitement. J'éprouve les mêmes. Et comme à cette époque, je suis déjà
à Montréal, je transpose mon histoire ici en même temps que je la transpose en
moi. Voilà pourquoi et comment l'histoire de Lou Goaco est passée de lui en
moi, de Paris à Montréal, et pourquoi de cette façon.
J'ai adoré pouvoir utilisé la neige et
l'Hôtel-Dieu de Montréal dans cette nouvelle. Je trouve que ça enrichissait
beaucoup le décor. Et j'ai beaucoup aimé l'illustration en noir et blanc dans
le journal quand la nouvelle a paru pour la première fois, dans un quotidien
suisse.
Là
où mourut Duplessis
C'est Lise Tremblay qui a attiré mon
attention sur l'histoire de cette ville, vers 1990-91. On était très proches,
alors. Elle m'a parlé de la chanson de Michel Rivard et du film qui avait été
fait sur la fermeture de la ville. J'ai tout mis en oeuvre pour réussir à voir
ce documentaire et j'y ai réussi assez vite. Je me suis passionné pour
l'incroyable destinée de ces gens et de cet endroit. Mais je ne suis jamais
allé à Shefferville ! On me l'a souvent demandé...
Un jour, j'étais au Salon du livre de
Sept-Îles, je suis tombé sur un gros volume qui racontait l'histoire de la
région et du chemin de fer de Shefferville. Je l'ai acheté aussitôt. Il m'a
beaucoup servi pour m'aider à suivre le parcours du train. Pour le reste, tout
est pompé - pris à droite et à gauche, y compris l'histoire du vieux
Jean-Pierre.
Cela dit, j'ai eu très tôt l'idée de
faire recouper la fin de Shefferville avec le mauvais présage (encore un) de la
mort spectaculaire de Duplessis sur les lieux. J'ai vraiment voulu exploiter ce
parallèle entre ces deux événements, en me demandant si on pouvait y voir un
lien ou pas.
Quoi qu'il en soit, Là où mourut
Duplessis est certainement une de mes nouvelles les plus québécoises, et la
plus nationaliste aussi ! C'est un texte que j'ai toujours beaucoup aimé
et qui a eu du succès de par le monde. C'est d'ailleurs la seule de mes
nouvelles qui a été traduite (en espagnol, à Mexico).
Portrait
d'été en crème glacée
L'histoire de la dame qui me demande le
prix de ma crème glacée est vrai. C'est arrivé sur la rue Laurier, exactement
comme je le raconte. J'ai ajouté à ça la grève des postes et la lettre que
je vais chercher au bout du monde, ce qui est vrai également. C'était la
lettre des deux gars que j'avais rencontrés en Corse le mois d'avant. je venais
de rentrer de vacances. J'étais à Montréal, impatient d'avoir de leurs
nouvelles. Portrait d'été en crème glacée est une autre de mes
nouvelles qui aborde le thème de l'immigration.
Fut-elle
bienheureuse
Autre texte sur l'immigration, je me
souviens que cette nouvelle a d'abord été un elettre que j'avais écrite à ma
mère en 1991, dan sune chambre d'hotel de Hull, alors que j'étais venu pour le
Salon du livre de l'Outaouais. Gaetan Lévesque, qui dirigeait les éditions XYZ
à cette époque, avait décidé que cette année, nous ferions tous les salons
du livre de la province. Ce fut une véritable expédition, mais nous l'avons
fait ! J'étais donc à Hull, je m'ennuyais le soir et j'avais écrit à ma
maère. J'en étais venu à parler de l'immigration et du fait que certaines
personnes repartaient. On en connaissait tous des Français qui étaient
repartis. Ça nous questionnait beaucoup. Avaient-ils raison ? Avions-nous tort
?
Je me suis également inspiré de la
relation que j'netretenais alors avec Vinh-Kim, de nos conversations et de notre
virée à Québec, alors qu'il m'avait fait découvrir le Gîte Le Coureur des
bois, à Québec, où nous avons dormi.
Sur
mon désir tourné
Cette nouvelle compte parmi mes textes
parisiens. C'est ma première rencontre avec Yves Navarre. Plus jeune, vers 18
ou 19 ans, au moment de son Prix Goncourt, peut-etre même un peu avant, j'avais
traversé tout Paris espérant le rencontrer au cours d'une séance de signature
qu'il donnait au Palais de Chaillot dans le cadre de je ne sais quel salon. J'avais déjà
acheté mon livre et je le tenais précieusement dans ma hâte de le faire
autographier.
Mais je l'avais raté.
Quand je m'étais présenté, on m'avait
dit que l'écrivain venait de s'absenter pour un court moment. Une dame, qui devait
être
son attachée de presse, se tenait près du bureau qui lui avait été assigné
et surveillait des piles de livres en l'absence de l'auteur vedette. Quand elle
vit mon dépit, elle me proposa d'aller lui faire signer le livre et de me le
rapporter. Elle m'arracha presque mon livre des mains d'un geste autoritaire et
me suggéra de revenir dans dix minutes, pour qu'elle ait le temps de le faire.
J'obéis et c'est ainsi que j'eus mon premier livre dédicacé d'Yves Navarre,
sans même avoir eu la chance de le rencontrer.
Des années plus tard, cette
rencontre dans le Marais allait me servir de revanche. Cette fois-ci, il était
là en chair et en os. Devant moi. Et nous sommes allés chez lui. C'était
impressionnant. Autant que je m'en souvienne, l'histoire de la nouvelle est
vraie. Mais la soirée était beaucoup plus longue. On a beaucoup parlé.
Vraiment. Il m'a signé des livres, offert des cahiers, invité à sa maison de
campagne, donner le plan pour m'y rendre ! Il s'est beaucoup plain, s'offrant le
luxe d'un ephase de dénigrement d'où j'ai été obligé de le tirer par une
série de compliments à son sujet et sur sont travail, son rôle. Et c'est
après tout ça, qui a bien duré des heures, qu'il m'a demandé si je pouvais
lui rendre un service. Je n'ai jamais oublié cette phrase, sa façon de dire
ça.
Et je l'ai fait bien sûr.
Et il m'a donné tout cet argent.
Je n'ai jamais su quoi en penser.
Ce n'est pas grave. Il n'est pas
nécessaire d'expliquer tous les gestes. On peut très bien se contenter de
savoir qu'ils se sont passés ainsi et c'est tout.
Chaussée d'Antin un couloir
C'est un texte sur la pauvreté à Paris.
Écrit très jeune, en 1988 - j'ai 27 ans - et qui a connu plusieurs versions.
Cette histoire fait partie de ma période un peu naturaliste. Je rends compte de
l'extérieur le plus objectivement possible. Je vais chercher ce qui est
marginal et que personne ne remarque - sauf moi, me semble-t-il.
Il y avait déjà beaucoup de mandiants à
Paris. Je me demandais comment faisaient les gens pour faire comme s'ils ne
voyait rien alors que c'était des vies tout entières qui s'exibaient dans les
couloirs de métro.
Question piège
C'est la nouvelle qui m'a fait comprendre
que j'étais en train d'écrire un autre livre, que les personnages et l'univers
de « Retour sur les années d'éclipse » étaient déjà autour de moi.
J'ai laissé « Question piège » dans le recueil et je l'ai repris
intégralement dans « Retour sur les années d'éclipse », c'est
comme une partie charnière entre les deux livres, celle qui permet la
transition d'un écrit vers l'autre. C'est quelque chose que je fais très
souvent : Reprendre un passage dans plusieurs livres pour les relier entre eux.
Un seau et quelques pas
Un
texte dans la même veine que Chaussée d'Antin, un couloir. Je crois que le
fait que j'étais étudiant à cette époque influence beaucoup mon rapport à
l'écriture. Je prends un peu tout pour des exercices, de la pratique. Je pense
plus à moi qu'au lecteur.
cette fois-ci, je m'étais intéressé à
ces jeunes que j'avais vu apparaître aux feux de circulation place de la
Madeleine. Les jeunes nettoyaient d'office les pare-brise des voitures et
demandaient un pourboire en retour. C'était un vrai manège, tout un traffic !
Je les avais observés longuement.
Je ne sais plus exactement quand le
phénomène des squeejes est apparu à Montréal, mais ce n'est pas si vieux.
Quelques années seulement. Mais c'est exactement la même chose que les jeunes
à Paris. En France, je ne sais pas si ce phénomène porte un nom. Si les
squeejes sont aussi actifs que dans le centre-ville de Montréal. J'aimerais
bien savoir ce que sont devenus les petits gars de la rue Royale.
Au jardin de Chaumont
Mon premier texte qui évoque le parc des
Buttes-Chaumont à Paris que j'appelle le jardin de Chaumont, des années avant
«Nous tous déjà morts». Comme le dit Denis-Daniel Boullé, cet endroit est
vraiment un des hauts lieux de la drague parisienne de ces années. C'est
aussi tout ce qui reste d'une sorte de coup de foudre que j'avais eu pour un mec
rencontré par hasard et qui avait disparu aussitôt. Cette histoire m'avait
suffisemment marqué pour que j'éprouve le besoin de me soulager en
retranscrivant les grandes lignes de l'aventure et comment je m'étais
senti alors. Je ne me souviens même plus du gars.
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