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Mise à jour :
24 mars 2004

© pierre salducci - 2002


La
vérité sur les nouvelles

La petite histoire de Souvenirs inventés

 

Aveuglément confiant

C'est Lou Goaco qui m'a raconté les grands traits de cette histoire. Il avait vécu cela lui-même. Son chum était malade. Il s'appelait Thierry et il était à l'hôpital. On savait que c'était lié au vih mais pas exactement jusqu'à quel point. Lou Goaco dormait. C'était la nuit. Le téléphone a sonné et on lui a dit : "Si vous voulez le voir, venez !"

C'est de ça dont je suis parti dans la nouvelle. De cette phrase en pleine nuit.

C'était une situation de crise, une urgence absolue, très soudaine et très inquiétante. Dans mon histoire, j'ai gardé la fin tel qu'elle était dans la réalité - c'est-à-dire qu'après une longue attente, Thierry s'était réveillé et tout s'était amélioré très vite par la suite, jusqu'à redevenir quasi comme avant.

Si ce n'est que Lou Goaco m'avait fait part de l'intensité de la peur qu'il avait éprouvée, puis il m'avait confié qu'à partir de là, il s'était mis à appréhender encore plus le moment où cela allait se produire pour vrai. Il avait l'impression de s'être rapproché d'un ultimatum. Il voyait cette alerte comme un mauvais présage et redoutait désormais ce qui allait se passer. Il était bouleversé.

J'ai repris ces réflexions quasiment tel quel dans mon texte - si ce n'est que je me les approprie, qu'elles sont transposées en moi. Je le fais d'autant plus facilement qu' elles correspondant à mes propres angoisses à ce moment. Je les comprends parfaitement. J'éprouve les mêmes. Et comme à cette époque, je suis déjà à Montréal, je transpose mon histoire ici en même temps que je la transpose en moi. Voilà pourquoi et comment l'histoire de Lou Goaco est passée de lui en moi, de Paris à Montréal, et pourquoi de cette façon.

J'ai adoré pouvoir utilisé la neige et l'Hôtel-Dieu de Montréal dans cette nouvelle. Je trouve que ça enrichissait beaucoup le décor. Et j'ai beaucoup aimé l'illustration en noir et blanc dans le journal quand la nouvelle a paru pour la première fois, dans un quotidien suisse.

 

Là où mourut Duplessis

C'est Lise Tremblay qui a attiré mon attention sur l'histoire de cette ville, vers 1990-91. On était très proches, alors. Elle m'a parlé de la chanson de Michel Rivard et du film qui avait été fait sur la fermeture de la ville. J'ai tout mis en oeuvre pour réussir à voir ce documentaire et j'y ai réussi assez vite. Je me suis passionné pour l'incroyable destinée de ces gens et de cet endroit. Mais je ne suis jamais allé à Shefferville ! On me l'a souvent demandé...  

Un jour, j'étais au Salon du livre de Sept-Îles, je suis tombé sur un gros volume qui racontait l'histoire de la région et du chemin de fer de Shefferville. Je l'ai acheté aussitôt. Il m'a beaucoup servi pour m'aider à suivre le parcours du train. Pour le reste, tout est pompé - pris à droite et à gauche, y compris l'histoire du vieux Jean-Pierre. 

Cela dit, j'ai eu très tôt l'idée de faire recouper la fin de Shefferville avec le mauvais présage (encore un) de la mort spectaculaire de Duplessis sur les lieux. J'ai vraiment voulu exploiter ce parallèle entre ces deux événements, en me demandant si on pouvait y voir un lien ou pas. 

Quoi qu'il en soit, Là où mourut Duplessis est certainement une de mes nouvelles les plus québécoises, et la plus nationaliste aussi ! C'est un texte que j'ai toujours beaucoup aimé et qui a eu du succès de par le monde. C'est d'ailleurs la seule de mes nouvelles qui a été traduite (en espagnol, à Mexico).

 

Portrait d'été en crème glacée

L'histoire de la dame qui me demande le prix de ma crème glacée est vrai. C'est arrivé sur la rue Laurier, exactement comme je le raconte. J'ai ajouté à ça la grève des postes et la lettre que je vais chercher au bout du monde, ce qui est vrai également. C'était la lettre des deux gars que j'avais rencontrés en Corse le mois d'avant. je venais de rentrer de vacances. J'étais à Montréal, impatient d'avoir de leurs nouvelles.  Portrait d'été en crème glacée est une autre de mes nouvelles qui aborde le thème de l'immigration. 

 

Fut-elle bienheureuse

Autre texte sur l'immigration, je me souviens que cette nouvelle a d'abord été un elettre que j'avais écrite à ma mère en 1991, dan sune chambre d'hotel de Hull, alors que j'étais venu pour le Salon du livre de l'Outaouais. Gaetan Lévesque, qui dirigeait les éditions XYZ à cette époque, avait décidé que cette année, nous ferions tous les salons du livre de la province. Ce fut une véritable expédition, mais nous l'avons fait ! J'étais donc à Hull, je m'ennuyais le soir et j'avais écrit à ma maère. J'en étais venu à parler de l'immigration et du fait que certaines personnes repartaient. On en connaissait tous des Français qui étaient repartis. Ça nous questionnait beaucoup. Avaient-ils raison ? Avions-nous tort ? 

Je me suis également inspiré de la relation que j'netretenais alors avec Vinh-Kim, de nos conversations et de notre virée à Québec, alors qu'il m'avait fait découvrir le Gîte Le Coureur des bois, à Québec, où nous avons dormi.

 

Sur mon désir tourné

Cette nouvelle compte parmi mes textes parisiens. C'est ma première rencontre avec Yves Navarre. Plus jeune, vers 18 ou 19 ans, au moment de son Prix Goncourt, peut-etre même un peu avant, j'avais traversé tout Paris espérant le rencontrer au cours d'une séance de signature qu'il donnait au Palais de Chaillot dans le cadre de je ne sais quel salon. J'avais déjà acheté mon livre et je le tenais précieusement dans ma hâte de le faire autographier.

Mais je l'avais raté.

Quand je m'étais présenté, on m'avait dit que l'écrivain venait de s'absenter pour un court moment. Une dame, qui devait être son attachée de presse, se tenait près du bureau qui lui avait été assigné et surveillait des piles de livres en l'absence de l'auteur vedette. Quand elle vit mon dépit, elle me proposa d'aller lui faire signer le livre et de me le rapporter. Elle m'arracha presque mon livre des mains d'un geste autoritaire et me suggéra de revenir dans dix minutes, pour qu'elle ait le temps de le faire. J'obéis et c'est ainsi que j'eus mon premier livre dédicacé d'Yves Navarre, sans même avoir eu la chance de le rencontrer. 

Des années plus tard, cette rencontre dans le Marais allait me servir de revanche. Cette fois-ci, il était là en chair et en os. Devant moi. Et nous sommes allés chez lui. C'était impressionnant. Autant que je m'en souvienne, l'histoire de la nouvelle est vraie. Mais la soirée était beaucoup plus longue. On a beaucoup parlé. Vraiment. Il m'a signé des livres, offert des cahiers, invité à sa maison de campagne, donner le plan pour m'y rendre ! Il s'est beaucoup plain, s'offrant le luxe d'un ephase de dénigrement d'où j'ai été obligé de le tirer par une série de compliments à son sujet et sur sont travail, son rôle. Et c'est après tout ça, qui a bien duré des heures, qu'il m'a demandé si je pouvais lui rendre un service. Je n'ai jamais oublié cette phrase, sa façon de dire ça.

Et je l'ai fait bien sûr.

Et il m'a donné tout cet argent.

Je n'ai jamais su quoi en penser.

Ce n'est pas grave. Il n'est pas nécessaire d'expliquer tous les gestes. On peut très bien se contenter de savoir qu'ils se sont passés ainsi et c'est tout.

 

Chaussée d'Antin un couloir

C'est un texte sur la pauvreté à Paris. Écrit très jeune, en 1988 - j'ai 27 ans - et qui a connu plusieurs versions. Cette histoire fait partie de ma période un peu naturaliste. Je rends compte de l'extérieur le plus objectivement possible. Je vais chercher ce qui est marginal et que personne ne remarque - sauf moi, me semble-t-il. 

Il y avait déjà beaucoup de mandiants à Paris. Je me demandais comment faisaient les gens pour faire comme s'ils ne voyait rien alors que c'était des vies tout entières qui s'exibaient dans les couloirs de métro.

 

Question piège

C'est la nouvelle qui m'a fait comprendre que j'étais en train d'écrire un autre livre, que les personnages et l'univers de « Retour sur les années d'éclipse » étaient déjà autour de moi.  J'ai laissé « Question piège » dans le recueil et je l'ai repris intégralement dans « Retour sur les années d'éclipse », c'est comme une partie charnière entre les deux livres, celle qui permet la transition d'un écrit vers l'autre. C'est quelque chose que je fais très souvent : Reprendre un passage dans plusieurs livres pour les relier entre eux.

 

Un seau et quelques pas

Un texte dans la même veine que Chaussée d'Antin, un couloir. Je crois que le fait que j'étais étudiant à cette époque influence beaucoup mon rapport à l'écriture. Je prends un peu tout pour des exercices, de la pratique. Je pense plus à moi qu'au lecteur.

cette fois-ci, je m'étais intéressé à ces jeunes que j'avais vu apparaître aux feux de circulation place de la Madeleine. Les jeunes nettoyaient d'office les pare-brise des voitures et demandaient un pourboire en retour. C'était un vrai manège, tout un traffic ! Je les avais observés longuement. 

Je ne sais plus exactement quand le phénomène des squeejes est apparu à Montréal, mais ce n'est pas si vieux. Quelques années seulement. Mais c'est exactement la même chose que les jeunes à Paris. En France, je ne sais pas si ce phénomène porte un nom. Si les squeejes sont aussi actifs que dans le centre-ville de Montréal. J'aimerais bien savoir ce que sont devenus les petits gars de la rue Royale.

 

Au jardin de Chaumont

Mon premier texte qui évoque le parc des Buttes-Chaumont à Paris que j'appelle le jardin de Chaumont, des années avant «Nous tous déjà morts». Comme le dit Denis-Daniel Boullé, cet endroit est vraiment un des hauts lieux de la drague parisienne de ces années.  C'est aussi tout ce qui reste d'une sorte de coup de foudre que j'avais eu pour un mec rencontré par hasard et qui avait disparu aussitôt. Cette histoire m'avait suffisemment marqué pour que j'éprouve le besoin de me soulager en retranscrivant  les grandes lignes de l'aventure et comment je m'étais senti alors. Je ne me souviens même plus du gars.

 
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